Ma boîte à bijoux fait 33 centilitres

On peut tout faire avec des clips de canettes e bière, comme un gantelet, une minijupe à la Paco Rabanne...
Une canette de bière, c’est un non-objet, au fond. On a beau savoir qu’elle célèbre 75 ans d’existence, cette année, et qu’elle envahit la terre à des dizaines de millions d’unités par an, on ne s’intéresse en réalité qu’à son contenu.
Aussitôt bu, aussitôt oublié le contenant. Jeté. Perdu. Pour toujours ? Que non ! Direction Bahia, l’état du Brésil le plus authentique, celui de la musique, des rythmes africains, du climat semi-tropical et d’une douceur de vivre décontractée symbolisée par la caïpirinha et la bière « ben gelada », super-froide au soleil. Douceur, il faut quand même s’entendre : si on ne crève pas de faim sur cette terre où tout pousse dru et vert, on n’y gagne pas encore très bien sa vie malgré le relèvement récent du salaire minimum. Alors, fatalement, la débrouille est reine, on répare ce qu’on peut et on recycle tout. Les canettes, par exemple : quelques coups de battoir ou un coup de talon bien appliqué, la semelle de la « chinelle » (ces sandales dont la marque Havaïanas a fait des stars en Europe) faisant office d’amortisseur et voilà la boîte transformée en galette. Elle prend moins de place et ainsi, on peut en porter plus au recyclage. Tout le monde y gagne : ceux qui rapportent (pas grand’chose), ceux qui fabriquent et ceux qui veillent à la santé de l’environnement. Parfois, les gosses peuvent échanger un stock de galettes d’aluminium contre des cahiers, des crayons, des fournitures scolaires. C’est toujours moins de déchets dans les poubelles et au pays de Skol, Brahma, Sol, Antartica et des sodas au guarana, la matière première est inépuisable. Mais il y a moyen de faire mieux encore.
Tenez, à Porto Seguro, dans le sud de l’état, à 700 km de Salvador de Bahia, le premier endroit où les Portugais ont débarqué au Brésil il y a un peu plus de cinq siècles. On y arrive avec un air de lambada en mémoire : c’est d’ici que cette danse est partie pour faire le tour de la planète. Aujourd’hui, un lieu de vacances idéal (27° en hiver) avec des plages bordées de cocotiers pratiquement à l’infini. Les touristes, d’abord brésiliens, qui se prélassent dans sa banlieue chic d’Arraial d’Ajuda – un charmant village devenu un peu le St-Trop’ du coin – découvrent que l’ingéniosité des artisans va encore plus loin en matière de recyclage. Il y avait déjà les attaché-cases recouverts du métal des boîtes, ou les modèles de voiture en alu. Ici, ce sont les clips d’ouverture des canettes qui deviennent des bijoux inattendus. Ces petits bouts de métal parfaitement inutiles au premier abord, on n’imaginait pas qu’ils pouvaient être cousus sur un tissu de jersey noir au crochet et qu’ainsi, ils deviendraient sacs pour le soir, jupes courtes, gantelets, tops… L’effet, sur fond noir, est celui d’une cotte de mailles brillante, un peu du Paco Rabanne de récup’ en quelque sorte, mais d’une étonnante légèreté. Gin’, la patronne de O Sole Mio, la célèbre pizzeria où le tout-Arraial se presse le soir, s’en est fait une collection complète. Elle garde jalousement l’exclusivité des contacts avec les couturières qui assemblent avec patience ces pièces de collection que, fatalement, personne d’autre ne possède. C’est rassurant de se dire que, même quand on boit, il peut en rester quelque chose d’utile en définitive, non ? Kem Dust


Donnez votre avis!