Orval et ses ambassadeurs
Si on parle d’or, on évoque aussi la fabuleuse histoire de l’Abbaye Notre-Dame d’Orval qui tire son nom de l’inversion des syllabes du Val d’Or où se situe le monastère.
Son passé très mouvementé a surtout été marqué par un épisode dramatique du passage des révolutionnaires français qui saccagèrent toute l’abbaye, jusqu’à la raser quasi dans son entièreté, pillant tout et incendiant ce qui ne pouvait être emporté. En quelques jours, la violence humaine avait balayé des siècles d’Histoire et de labeur, avec un passé remontant déjà au XIIe siècle lorsqu’une poignée de moines déposèrent leur besace sur les terres d’Otto de Chiny. Celui-ci autorisa les religieux à y construire un oratoire qui devait prendre ensuite les allures d’une bâtisse religieuse importante.
Mais en général, on ne retient que la légende de Mathilde, d’autant plus que la truite ramenant l’anneau nuptial à la princesse originaire de Toscane, est devenue le symbole de l’abbaye. Après le décès de son mari, Godefroy le Bossu, lors d’une croisade, Mathilde avait pris l’habitude de se recueillir à la source du Val d’Or. Un jour, par mégarde, elle y laissa tomber son alliance. C’est une truite qui la lui rendit. Vrai ou faux ? «Si non e vero, e bene trovato» (si ce n’est vrai, c’est en tout cas bien trouvé) aurait-on dit dans sa Toscane natale. En tout cas Mathilde, en signe de reconnaissance, a toujours été la bienfaitrice des activités monastiques. La période noire de la Révolution Française oubliée, l’abbaye fut reconstruite avec l’aide de nouveaux moines français que la jeune république avait chassés, ainsi que de nombreux mouvements de jeunesse. Ce chantier dura plus de vingt-deux ans.
Aujourd’hui, on découvre encore les ruines de cette première abbaye, à côté du nouvel édifice qui a connu régulièrement encore des transformations au fil des années. La vallée d’Orval est blottie dans un écrin de verdure exceptionnel et pas toujours facile à trouver. Cependant, dès les obstacles forestiers franchis, la population locale vous dira qu’à partir de là, tous les chemins mènent à Orval. Et c’est vrai, comme si le flair des bouffées de malts bouillis lors des cuissons du brassage de la bière, venait vous chatouiller les narines.Malgré une activité importante, la quiétude des lieux reste intacte, faute de quoi la congrégation religieuse aurait déjà cessé toute activité brassicole depuis longtemps. L’abbaye utilise même de l’énergie verte, car elle dispose de sa propre centrale électrique alimentée par la dénivellation des eaux entre les deux étangs qui entourent le monastère. C’est la plus petite centrale de Belgique, qui n’alimente cependant qu’une infime partie des installations.
La bière d’Orval est devenue pour les amateurs de breuvages houblonnés, la Reine des bières pour ses vertus à la fois simples et sa force de caractère notamment dans son amertume. Un Orval – les puristes en parlent au masculin – est aussi une bière qui se découvre à chaque fois. C’est pourquoi, si votre première sensation n’est pas positive, elle aura du mal à s’imposer. Par contre, l’inverse est vrai aussi, car les assidus de cette bière deviennent bien vite aussi des acharnés, au point qu’elle les accompagnera tout au long de leur existence. C’est l’unique bière dans la gamme de l’abbaye, mais sa saveur est très complexe et a évolué au fil des années. L’accent majeur est bien évidemment son amertume particulièrement présente, sans tomber dans l’âcreté. Le mystère en réside dans sa levure, tant appréciée par ses partisans. En effet, elle libère discrètement une minuscule pointe d’acidité, résultat d’une levure jadis sauvage, qui se développa à l’insu du brasseur lors de sa garde. Cette apparition aussi soudaine qu’anormale a conquis l’amateur de cette bière et s’est même rendue indispensable au goût. Sa dégustation arrive à maturité après six mois de bouteille. Il faut toutefois remarquer en tant que «dégustateur objectif» et grand amateur de ce nectar cistercien, que sa saveur est devenue nettement plus abordable aujourd’hui qu’autrefois. C’est un peu cela aussi l’esprit conquérant qu’avait le mari Croisé de Mathilde…
Depuis quelques années, l’Abbaye d’Orval a sélectionné des établissements en Belgique et à l’étranger, qui faisaient honneur à sa bière. Aujourd’hui, cette association baptisée «Ambassadeurs d’Orval» est un véritable label de qualité, qui s’affiche sur la façade des établissements distingués, sous forme d’un panneau. Cette référence permet ainsi au client d’avoir la certitude que son Orval sera servi dans les règles de l’art. C. D.
Le processus de fabrication de l’Orval n’a pas changé depuis des lustres.
Pour brasser l’Orval, c’est l’eau de la source Mathilde, épurée, qui est utilisée. Cette bière trappiste est, avec 6,2 % d’alcool, une des moins fortes mais sa véritable force réside dans un goût caractérisé par une amertume carrée, relevée d’une pointe d’acidité. Celle-ci est le résultat d’une levure jadis sauvage, qui se développa à l’insu du brasseur lors de sa garde. Cette apparition aussi soudaine qu’anormale a conquis l’amateur de cette bière et s’est même rendue indispensable au goût. A noter qu’on dit “Un Orval“ et non “Une Orval“.
Un patron de bar de Boston s’est fait tatouer la truite, symbole d’Orval, sur le bras…
Les assidus de cette bière deviennent vite des acharnés. On cite volontiers l’exemple d’un patron de pub britannique qui avait baptisé son chien Orval, ou de David Ciccolo, de Boston, qui se fit tatouer le symbole d’Orval sur l’avant-bras. Cette adulation conduit malheureusement certains à chaparder tout ce qu’ils peuvent, comme les panneaux indicateurs du chemin de l’abbaye…
Photos OPT-JLFlémal et Christian Deglas




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