Le papa du Poje
La B.D., cette spécialité historique belge, a mis longtemps à convoler en justes noces avec les bières du pays de la bière. Il a fallu attendre Louis-Michel Carpentier. S’il avait été écrivain, il aurait sans doute réécrit l’Année du Bac. Il dessinait, tant mieux….
Nous n’irons pas jusqu’à affirmer que c’est en général dans un verre de bière qu’un auteur belge d’une bande dessinée puise son inspiration, mais parfois cela aide. Certes ils sont nombreux, les artistes du crayon qui vouent une véritable passion à d’autres feuilles que celles de papier, celles du houblon. Et cependant, un seul lui a dédié toute une carrière au point d’enfanter jadis un héros qui aujourd’hui fête déjà son vingtième album et toujours sans avoir pris une ride ou un soupçon de cirrhose pour son père spirituel, Louis-Michel Carpentier. C’est avec son personnage fétiche, le Poje, patron de bistrot un rien rondelet, mais toujours victime des caprices de ses fidèles clients tous avides de ressortir de son troquet sans le moindre frais et souvent à la santé du patron, que Michel Carpentier a parcouru près de vingt-cinq ans de son existence.
Tout au long de ses vingt albums (le dernier sorti en deux mille neuf s’intitule «Supermalt») de ce très attachant bonhomme, on se demande souvent qui suit l’autre, le Poje avec son papa ou l’inverse. Tout commença en mille neuf quatre-vingt-six, en tout cas avec la bière, jour où après une virée monumentale, le maître dessinateur se rendit compte qu’il aurait été inutile de jurer sur sa propre tête de ne plus recommencer pareille guindaille. Toutefois sa réaction fut constructive lorsqu’il se rendit compte que même après plusieurs soirées bien arrosées de bonnes bières, il aurait bien du mal à en faire un jour le tour complet. C’est ainsi que naquit avec l’aide spirituelle de Jean-Pierre Van Roy de la brasserie Cantillon, l’idée d’un premier album d’une longue série, intitulé «L’Année de la Bière» (Ed. Topgame) et dans lequel le Poje fait sa première apparition comme guide parfait pour vous faire découvrir en toute convivialité, la Belgique au travers de ses bières.
L’infernale bande des Cinq
Cela fait donc maintenant plus de vingt-trois ans que Michel, rejoint par son fils Laurent pour les couleurs et certains personnages, trempe sa plume dans la bière, mais bien au-delà de ce qu’il aurait pu imaginer, il y a quasi un quart de siècle. Brasseurs, cafetiers, collectionneurs, organisateurs d’événements bière en Belgique ou à l’étranger se l’arrachent littéralement. Tous veulent la marque de son personnage comme label de qualité. Hormis son premier album, ses autres B.D. du Poje sont publiées chez Dupuis où depuis lors aussi, il a détourné d’autres artistes vers la voie de la bière, et notamment Raoul Cauvin, l’intarissable scénariste de talent, qui a le dialogue pinçant lorsque la bière se pointe. Malik, papa de ce petit crétin de Cupidon, ne boit pas, mais ne résiste pas au plaisir de se retrouver au rang des caricatures des clients du bistrot de Poje. Enfin, la bande infernale des cinq ne serait pas complète sans citer Jidéhem (Ginger et Sophie), Kox (L’agent 212), tous coupables d’avoir participé au requiem en bande dessinée des «Chansons à boire» (initialement «Chansons Cochonnes») en trois volumes. Et même en version audio.
L’Héritier du Poje.
Le personnage du Poje n’est pas tout à fait fictif. En réalité, le personnage existe. Il s’appelle André et a longtemps tenu un petit bistrot étonnant à Woluwe-St- Lambert, «L’Héritier». Toutefois, son physique n’a eu aucune emprise sur les traits du personnage de B.D., tout comme le bistrot. Alors, comment s’est-il retrouvé à la base de ce personnage ? «Tout à fait par hasard» explique Michel. «En réalité, c’est un excellent ami, qui partage les mêmes idées que moi, enfin je le pense, et qui prend toujours la vie du bon côté. C’est en quelque sorte un épicurien, et toujours honnête avec lui-même et ses idées.» précise encore Michel. Ce patron avait déjà un surnom «Pogge» qui, pour les besoins de la B.D. et de sa vie privée peut-être aussi, s’est transformé en Poje. Seuls les habitués le connaissent sous ce sobriquet. Et comme son établissement n’est fréquenté que par de nombreux habitués, André est devenu quasi un inconnu. Sa clientèle est principalement fréquentée par des gens du Barreau de Bruxelles ou des journalistes de la RTBF, pas trop éloignée de là. On y retrouve ça et là des traces de la B.D. tandis que sa carte de bières est soignée
Les obsédés de la mijole !
Avec les diverses versions des albums du Poje, il y a celle qui évoquent les aventures du plus sympa des patrons de bistrot en version bruxellois. Ces dernières versions ont été assurées durant de nombreuses années par Paul Van Kueken, célèbre figure du folklore bruxellois et responsable des fêtes du Vismet. Pour le vingtième album, la plume a été confiée au Grand Jojo, cette autre figure du dialecte de la zwanze. Ces versions en patois de la capitale belge ont poussé le clan des amis à ressortir des anciens jeux de bistrots comme notamment celui de la mijole, qui consiste à jeter des pièces de plomb dans le trou central d’un petit bac en bois. Ce jeu est devenu une véritable obsession pour ceux qui ont redécouvert ce lancer particulier au point que Michel Carpentier, devenu un véritable spécialiste, est aussi à l’initiative de véritables tournois, qui ont lieu dans son jardin privé ou dans quelques bistrots phares de Bruxelles.
Poje fait son théâtre
Depuis peu, en avril deux mille neuf, le personnage du Poje s’est aussi retrouvé sur les planches. Si l’un des deux fils de Michel et son épouse Nadine, Laurent, s’est déjà investi dans les crayons du Poje, l’autre fils, Denis, comédien professionnel et roi de l’impro, s’est quant à lui glissé dans la peau du Poje au travers une pièce de théâtre écrite par Raoul Cauvin et adaptée par Alexis Goslain. La petite troupe de six comédiens a eu tout le loisir durant plus d’un mois à grimper sous l’épiderme des sympathiques personnages de la B.D., avec tellement de passion que le spectateur se trouve tout à fait plongé dans une nouvelle ambiance autre que celle de simplement tourner les pages d’un album du Poje. Michel Carpentier et son fils Laurent ont assuré à nouveau tous les décors et les couleurs de la pièce qui en 2010 parcourt les chemins de la province. Alleï tout se présente bien pour l’avenir. A ta santé…Poje !
Christian Deglas
Le personnage du Poje existe. Le voici : il s’appelle André et a longtemps tenu un petit bistrot étonnant à Woluwe-St-Lambert, “L’Héritier“. Toutefois, son physique n’a eu aucune influence sur les traits du personnage de B.D., pas plus que le bistrot.
Contrairement à la B.D., l’établissement avance aussi une carte de restaurant où l’on peut à la fois manger sur le pouce comme y passer un bon moment de fine gastronomie. L’ambiance y est bon enfant mais jamais bruyante et toujours chaleureuse.




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